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Défaillances par région : rapportées aux entreprises, la carte change

L'Île-de-France concentre près d'un quart des défaillances. Rapportées au nombre d'entreprises, elles placent pourtant les Hauts-de-France en tête et l'Ouest en queue ; la composition sectorielle n'explique qu'une faible part de ces écarts.

Sur les douze mois achevés fin juillet 2026, 70 605 entreprises ont fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire en France. L'Île-de-France en concentre à elle seule 16 565, près d'un quart. Ce chiffre dit surtout où se trouvent les entreprises. Pour savoir où le risque de défaillance est le plus élevé, il faut rapporter ces procédures au nombre d'entreprises en activité dans chaque région. Le classement n'est alors plus du tout le même.

Défaillances d'entreprises par région : en nombre et pour 1 000 entreprisesÀ gauche, le nombre de défaillances sur douze mois à fin juillet 2026, en cercles proportionnels : Île-de-France 16 565, Auvergne-Rhône-Alpes 8 853, Nouvelle-Aquitaine 6 783, Provence-Alpes-Côte d'Azur 6 475, Occitanie 6 384, Hauts-de-France 5 156, Grand Est 4 419, Pays de la Loire 3 234, Bretagne 2 585, Normandie 2 560, Centre-Val de Loire 2 346, Bourgogne-Franche-Comté 2 298, Corse 421. À droite, les défaillances de 2024 pour 1 000 entreprises actives, hors agriculture : Hauts-de-France 13,1, Centre-Val de Loire 12,1, Normandie 11,8, Île-de-France 11,6, Grand Est 11,4, Provence-Alpes-Côte d'Azur 11,2, Bourgogne-Franche-Comté 10,6, Auvergne-Rhône-Alpes 10,1, Nouvelle-Aquitaine 9,9, Occitanie 9,7, Corse 9,1, Bretagne 8,7, Pays de la Loire 8,7 ; moyenne métropolitaine 10,8.En nombre de défaillancesdouze mois à fin juillet 2026Pour 1 000 entreprises actives2024, hors agriculture16 5658 8536 7836 4756 3845 1564 4193 2342 5852 5602 3462 29842111,612,110,611,813,111,48,78,79,99,710,111,29,110 000 défaillances2 500< 9,59,5 – 10,510,5 – 11,511,5 – 12,5≥ 12,5

Sources : INSEE, séries régionales de défaillances d'entreprises par date de jugement (données Banque de France), cumul brut sur douze mois à fin juillet 2026, mise à jour du 18 septembre 2026. Redressements et liquidations judiciaires, sauvegardes exclues ; cercles proportionnels en surface. Taux de 2024 : calculs Helikoty Conseils, détaillés plus bas. Départements d'outre-mer non représentés ; moins d'une cinquantaine de procédures ne sont rattachées à aucune région. Données provisoires, révisées chaque mois.

En nombre : le poids des grandes régions

Le décompte régional publié par l'INSEE, à partir des données de la Banque de France, suit logiquement la taille des tissus économiques. Après l'Île-de-France viennent Auvergne-Rhône-Alpes (8 853), la Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Occitanie, toutes au-dessus de 6 000. Les départements d'outre-mer en totalisent 2 479.

Rapportées au nombre d'entreprises, la carte change

Pour calculer un taux, nous avons retenu le seul dénominateur dont le périmètre est documenté et compatible : le nombre d'unités légales économiquement actives publié par l'INSEE, c'est-à-dire les entreprises marchandes non agricoles ayant réalisé un chiffre d'affaires ou employé des salariés dans l'année. Les défaillances étant elles aussi comptées en unités légales, nous en avons retiré celles de l'agriculture, et rapporté les défaillances de 2024 au stock de 2024, dernière année disponible.

Sur cette base, la France métropolitaine compte 10,8 défaillances pour 1 000 entreprises actives. Les Hauts-de-France arrivent nettement en tête, avec 13,1, devant le Centre-Val de Loire (12,1) et la Normandie (11,8). L'Île-de-France, première en nombre, n'est plus que quatrième. Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième en nombre, passe sous la moyenne avec 10,1. À l'autre extrémité, la Bretagne et les Pays de la Loire plafonnent à 8,7 : pour un même nombre d'entreprises, le Nord enregistre une fois et demie plus de défaillances que l'Ouest.

Défaillances pour 1 000 entreprises actives, par région, 2024 et 2019Défaillances hors agriculture rapportées aux unités légales économiquement actives. Hauts-de-France 13,1 (2019 : 13,7), Centre-Val de Loire 12,1 (2019 : 12,1), Normandie 11,8 (2019 : 12,1), Île-de-France 11,6 (2019 : 10,7), Grand Est 11,4 (2019 : 12,6), Provence-Alpes-Côte d'Azur 11,2 (2019 : 11,2), Bourgogne-Franche-Comté 10,6 (2019 : 11,4), Auvergne-Rhône-Alpes 10,1 (2019 : 9,6), Nouvelle-Aquitaine 9,9 (2019 : 9,3), Occitanie 9,7 (2019 : 9,4), Corse 9,1 (2019 : 11,3), Bretagne 8,7 (2019 : 9,0), Pays de la Loire 8,7 (2019 : 9,1). France métropolitaine : 10,8 en 2024, 10,6 en 2019.Défaillances pour 1 000 unités légales actives, hors agricultureHauts-de-France13,1Centre-Val de Loire12,1Normandie11,8Île-de-France11,6Grand Est11,4Provence-Alpes-Côte d'Azur11,2Bourgogne-Franche-Comté10,6Auvergne-Rhône-Alpes10,1Nouvelle-Aquitaine9,9Occitanie9,7Corse9,1Bretagne8,7Pays de la Loire8,72024 (valeur affichée)2019Métropole 2024 : 10,8

Calculs Helikoty Conseils. Numérateur : défaillances de l'année (cumul sur douze mois à fin décembre, INSEE et Banque de France), hors agriculture, sylviculture et pêche. Dénominateur : unités légales économiquement actives dans l'année, hors agriculture (INSEE, dispositif Side, publication du 23 juillet 2026). Les deux sources comptent des unités légales ; la documentation publiée ne précise pas le critère de localisation des défaillances, que nous supposons identique à celui du stock. Certains débiteurs relevant des tribunaux judiciaires, comme les associations, figurent au numérateur sans être dans le dénominateur. Le taux est un ordre de grandeur, pas une probabilité individuelle.

La comparaison avec 2019 éclaire un second phénomène : la carte se resserre. Les régions les plus exposées avant la crise sanitaire, Hauts-de-France, Grand Est et Corse, ont vu leur taux reculer. Celles qui étaient plutôt épargnées, Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes, l'ont vu monter.

Depuis 2019, une hausse très inégale

En nombre, les défaillances ont progressé de 33 % en métropole entre 2019 et 2025. La Nouvelle-Aquitaine (+50 %), les Pays de la Loire (+45 %) et l'Île-de-France (+42 %) dépassent largement cette moyenne ; le Grand Est (+13 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (+18 %) restent loin derrière. Les Pays de la Loire illustrent l'intérêt d'un double regard : forte progression, mais niveau de départ si bas qu'ils demeurent la région la moins touchée en proportion.

Évolution du nombre de défaillances par région entre 2019 et 2025Nouvelle-Aquitaine +49,8 %, Pays de la Loire +45,0 %, Île-de-France +42,2 %, Occitanie +37,7 %, Auvergne-Rhône-Alpes +36,4 %, Centre-Val de Loire +30,1 %, Hauts-de-France +27,2 %, Bretagne +26,2 %, Normandie +23,3 %, Provence-Alpes-Côte d'Azur +21,4 %, Corse +18,9 %, Bourgogne-Franche-Comté +17,6 %, Grand Est +13,1 %. France métropolitaine : +33,2 %.Évolution du nombre de défaillances entre 2019 et 2025, par régionNouvelle-Aquitaine+49,8 %Pays de la Loire+45,0 %Île-de-France+42,2 %Occitanie+37,7 %Auvergne-Rhône-Alpes+36,4 %Centre-Val de Loire+30,1 %Hauts-de-France+27,2 %Bretagne+26,2 %Normandie+23,3 %Provence-Alpes-Côte d'Azur+21,4 %Corse+18,9 %Bourgogne-Franche-Comté+17,6 %Grand Est+13,1 %Métropole : +33,2 %

Source : INSEE, séries régionales de défaillances, cumul sur douze mois à fin décembre 2019 et à fin décembre 2025 ; calculs Helikoty Conseils. Tous secteurs. Les chiffres de 2025 restent susceptibles de révision.

Sur la période la plus récente, les dynamiques divergent encore. Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine accélèrent, tandis que la Normandie recule. Le bilan semestriel du Conseil national des administrateurs et mandataires judiciaires, établi sur un périmètre un peu différent puisqu'il inclut les sauvegardes, confirme ces trois tendances, mais pas partout : en Bretagne et dans les Pays de la Loire, les deux sources divergent.

Région12 mois à fin juillet 2026Évolution sur un an (INSEE)S1 2026 / S1 2025 (CNAJMJ)
Auvergne-Rhône-Alpes8 853+9,1 %+16,8 %
Pays de la Loire3 234+8,2 %−2,0 %
Centre-Val de Loire2 346+7,5 %+4,5 %
Nouvelle-Aquitaine6 783+6,1 %+10,8 %
Bourgogne-Franche-Comté2 298+5,5 %+3,2 %
Occitanie6 384+5,5 %+6,3 %
Île-de-France16 565+4,8 %+1,5 %
Hauts-de-France5 156+4,0 %+4,4 %
Bretagne2 585+2,2 %−8,9 %
Provence-Alpes-Côte d'Azur6 475+0,1 %+2,6 %
Grand Est4 419−0,1 %−0,2 %
Corse421−0,2 %−21,8 %
Normandie2 560−8,0 %−12,2 %

Sources : INSEE, cumul sur douze mois à fin juillet 2026 comparé à fin juillet 2025 (redressements et liquidations) ; CNAJMJ, L'Officiel des difficultés des entreprises, 1er semestre 2026 (sauvegardes, redressements et liquidations, premier semestre 2026 comparé au premier semestre 2025). Les périodes et les périmètres ne coïncident pas : les deux colonnes indiquent un sens, pas un écart à comparer au dixième près.

Les secteurs d'activité n'expliquent qu'une faible part des écarts

Une région peut afficher un taux élevé simplement parce qu'elle compte davantage d'entreprises dans les activités les plus exposées. Les défaillances frappent en effet très inégalement les secteurs : en 2024, en métropole, on en compte 26,9 pour 1 000 entreprises actives dans l'hébergement-restauration et 22,6 dans la construction, contre 6,5 dans le soutien aux entreprises et 4,0 dans les services aux ménages. Pour mesurer cet effet, nous avons calculé pour chaque région un taux attendu : celui qu'elle afficherait si chacun de ses secteurs connaissait exactement le taux national. L'écart entre taux observé et taux attendu mesure ce qui tient à la région elle-même.

Taux de défaillance observé et taux attendu compte tenu de la structure sectorielle, par région, 2024Défaillances pour 1 000 unités légales actives, hors agriculture. Hauts-de-France : observé 13,1, attendu 10,9, écart +2,2 ; Centre-Val de Loire : observé 12,1, attendu 11,2, écart +0,9 ; Normandie : observé 11,8, attendu 11,2, écart +0,6 ; Île-de-France : observé 11,6, attendu 10,1, écart +1,5 ; Grand Est : observé 11,4, attendu 11,0, écart +0,4 ; Provence-Alpes-Côte d'Azur : observé 11,2, attendu 11,0, écart +0,2 ; Bourgogne-Franche-Comté : observé 10,6, attendu 11,3, écart −0,7 ; Auvergne-Rhône-Alpes : observé 10,1, attendu 10,8, écart −0,7 ; Nouvelle-Aquitaine : observé 9,9, attendu 11,0, écart −1,1 ; Occitanie : observé 9,7, attendu 11,1, écart −1,4 ; Corse : observé 9,1, attendu 12,9, écart −3,8 ; Bretagne : observé 8,7, attendu 10,7, écart −2,0 ; Pays de la Loire : observé 8,7, attendu 10,5, écart −1,8. Moyenne métropolitaine 10,8.Taux observé et taux attendu au vu des secteurs présents, 2024Défaillances pour 1 000 entreprises actives, hors agricultureÉcart891011121314Hauts-de-France+2,2Centre-Val de Loire+0,9Normandie+0,6Île-de-France+1,5Grand Est+0,4Provence-Alpes-Côte d'Azur+0,2Bourgogne-Franche-Comté−0,7Auvergne-Rhône-Alpes−0,7Nouvelle-Aquitaine−1,1Occitanie−1,4Corse−3,8Bretagne−2,0Pays de la Loire−1,8taux observétaux attendumétropole : 10,8

Calculs Helikoty Conseils. Taux attendu : pour chacun des dix secteurs, nombre d'unités légales actives de la région multiplié par le taux de défaillance métropolitain du secteur ; somme rapportée au total des unités légales actives de la région. Défaillances 2024 par région et par secteur : INSEE, séries régionales sectorielles (données Banque de France), cumul à fin décembre 2024, mise à jour du 18 septembre 2026. Unités légales actives 2024 par région et par section A21 : INSEE, dispositif Side, publication du 23 juillet 2026. Taux observés : ceux du graphique précédent.

Le résultat est net. D'une région à l'autre, la composition sectorielle ne fait varier le taux attendu que de 10,1 à 11,3 pour 1 000, la Corse mise à part ; le taux observé, lui, s'étale de 8,7 à 13,1. L'essentiel des écarts régionaux se joue donc à l'intérieur de chaque secteur, pas dans leur poids respectif.

Trois cas l'illustrent. Les Hauts-de-France ont une structure sectorielle conforme à la moyenne, avec un taux attendu de 10,9 : leur excédent de 2,2 points vient de taux plus élevés dans chacun des secteurs du tableau ci-dessous, comme dans les services. L'Île-de-France a au contraire la structure la plus favorable, près de la moitié de ses entreprises relevant du soutien aux entreprises et des services aux ménages, peu exposés ; elle devrait se situer à 10,1 et atteint 11,6. La Corse, enfin, devrait être la région la plus touchée compte tenu du poids de la construction et de l'hébergement-restauration, et figure parmi les moins exposées.

RégionConstruc­tionCommerceHéberg.-restau­rationTrans­portsIndustrie
Hauts-de-France26,620,735,216,712,6
Centre-Val de Loire21,818,630,616,912,7
Normandie21,017,933,015,312,3
Île-de-France34,119,627,614,715,3
Grand Est23,017,528,818,211,0
Provence-Alpes-Côte d'Azur22,017,229,412,011,0
Bourgogne-Franche-Comté19,516,226,316,310,7
Auvergne-Rhône-Alpes20,816,423,914,610,3
Nouvelle-Aquitaine17,616,325,912,510,5
Occitanie18,415,024,312,77,9
Corse17,914,417,07,35,4
Bretagne17,416,020,710,88,8
Pays de la Loire16,214,623,710,49,9
France métropolitaine22,617,426,914,311,0

Défaillances 2024 pour 1 000 unités légales actives, par secteur ; mêmes sources et calculs que le graphique précédent. Fond bleu foncé : au moins 20 % au-dessus du taux métropolitain du secteur ; bleu clair : de 5 à 20 % au-dessus ; sable : plus de 5 % en dessous. En Corse, les effectifs sont faibles (16 défaillances dans l'industrie et 7 dans les transports en 2024) : les taux y sont fragiles.

Le tableau fait apparaître deux profils. Dans le nord du pays, Hauts-de-France, Normandie et Centre-Val de Loire, la surexposition est diffuse : hébergement-restauration, transports et industrie y dépassent tous la moyenne nationale du secteur. En Île-de-France, elle tient surtout à la construction, avec 34,1 défaillances pour 1 000 entreprises, une fois et demie le taux national du secteur, et à l'industrie ; l'hébergement-restauration et les transports y restent dans la norme. Ces séries ne permettent pas d'en isoler la cause : la localisation des défaillances au siège social et le poids des petites structures de sous-traitance sont des pistes à vérifier, non des conclusions. À l'ouest, la Bretagne et les Pays de la Loire restent sous la moyenne dans les cinq secteurs.

Pour un créancier, la conséquence est pratique : le bon point de comparaison d'un client n'est ni la moyenne nationale, ni celle de sa région, mais le taux de son secteur dans sa région. Pour un restaurateur des Hauts-de-France, ce taux dépasse d'un tiers celui de son secteur au niveau national ; pour une entreprise de construction francilienne, de moitié.

Le piège : un record en nombre n'est pas un record en taux

Entre 2019 et 2024, les défaillances ont augmenté de près de 30 % en métropole, mais le nombre d'entreprises actives a crû presque autant : +28 % au niveau national, et six unités supplémentaires sur dix sont des micro-entrepreneurs. Résultat, le taux métropolitain n'est passé que de 10,6 à 10,8 pour 1 000. Le niveau record des procédures traduit donc d'abord un parc d'entreprises plus large, et non une fragilité générale deux fois plus forte.

L'inverse est tout aussi vrai. Un taux moyen stable masque des écarts marqués entre territoires, et un dénominateur dont la croissance vient surtout des micro-entrepreneurs dilue le taux sans rien dire du risque propre aux sociétés employeuses. Dans une région où la microentreprise pèse lourd, un taux modéré ne garantit rien pour un client de vingt salariés.

Ce qu'il faut en retenir

Nous intervenons en expert de partie aux côtés du conseil, ou à la demande de l'administrateur ou du mandataire judiciaire, pour reconstituer une trésorerie, dater une cessation des paiements ou objectiver l'environnement économique d'une entreprise en difficulté. Nos missions de restructuring et de contentieux précisent ce cadre.

Sources

Cet article est une analyse d'ordre général publiée à titre d'information. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement, et ne saurait se substituer à l'examen d'une situation particulière. Les procédures évoquées sont en cours : les informations reflètent l'état public des dossiers à la date de publication.

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