Sur les douze mois achevés fin juillet 2026, 70 605 entreprises ont fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire en France. L'Île-de-France en concentre à elle seule 16 565, près d'un quart. Ce chiffre dit surtout où se trouvent les entreprises. Pour savoir où le risque de défaillance est le plus élevé, il faut rapporter ces procédures au nombre d'entreprises en activité dans chaque région. Le classement n'est alors plus du tout le même.
Sources : INSEE, séries régionales de défaillances d'entreprises par date de jugement (données Banque de France), cumul brut sur douze mois à fin juillet 2026, mise à jour du 18 septembre 2026. Redressements et liquidations judiciaires, sauvegardes exclues ; cercles proportionnels en surface. Taux de 2024 : calculs Helikoty Conseils, détaillés plus bas. Départements d'outre-mer non représentés ; moins d'une cinquantaine de procédures ne sont rattachées à aucune région. Données provisoires, révisées chaque mois.
En nombre : le poids des grandes régions
Le décompte régional publié par l'INSEE, à partir des données de la Banque de France, suit logiquement la taille des tissus économiques. Après l'Île-de-France viennent Auvergne-Rhône-Alpes (8 853), la Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Occitanie, toutes au-dessus de 6 000. Les départements d'outre-mer en totalisent 2 479.
Rapportées au nombre d'entreprises, la carte change
Pour calculer un taux, nous avons retenu le seul dénominateur dont le périmètre est documenté et compatible : le nombre d'unités légales économiquement actives publié par l'INSEE, c'est-à-dire les entreprises marchandes non agricoles ayant réalisé un chiffre d'affaires ou employé des salariés dans l'année. Les défaillances étant elles aussi comptées en unités légales, nous en avons retiré celles de l'agriculture, et rapporté les défaillances de 2024 au stock de 2024, dernière année disponible.
Sur cette base, la France métropolitaine compte 10,8 défaillances pour 1 000 entreprises actives. Les Hauts-de-France arrivent nettement en tête, avec 13,1, devant le Centre-Val de Loire (12,1) et la Normandie (11,8). L'Île-de-France, première en nombre, n'est plus que quatrième. Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième en nombre, passe sous la moyenne avec 10,1. À l'autre extrémité, la Bretagne et les Pays de la Loire plafonnent à 8,7 : pour un même nombre d'entreprises, le Nord enregistre une fois et demie plus de défaillances que l'Ouest.
Calculs Helikoty Conseils. Numérateur : défaillances de l'année (cumul sur douze mois à fin décembre, INSEE et Banque de France), hors agriculture, sylviculture et pêche. Dénominateur : unités légales économiquement actives dans l'année, hors agriculture (INSEE, dispositif Side, publication du 23 juillet 2026). Les deux sources comptent des unités légales ; la documentation publiée ne précise pas le critère de localisation des défaillances, que nous supposons identique à celui du stock. Certains débiteurs relevant des tribunaux judiciaires, comme les associations, figurent au numérateur sans être dans le dénominateur. Le taux est un ordre de grandeur, pas une probabilité individuelle.
La comparaison avec 2019 éclaire un second phénomène : la carte se resserre. Les régions les plus exposées avant la crise sanitaire, Hauts-de-France, Grand Est et Corse, ont vu leur taux reculer. Celles qui étaient plutôt épargnées, Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes, l'ont vu monter.
Depuis 2019, une hausse très inégale
En nombre, les défaillances ont progressé de 33 % en métropole entre 2019 et 2025. La Nouvelle-Aquitaine (+50 %), les Pays de la Loire (+45 %) et l'Île-de-France (+42 %) dépassent largement cette moyenne ; le Grand Est (+13 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (+18 %) restent loin derrière. Les Pays de la Loire illustrent l'intérêt d'un double regard : forte progression, mais niveau de départ si bas qu'ils demeurent la région la moins touchée en proportion.
Source : INSEE, séries régionales de défaillances, cumul sur douze mois à fin décembre 2019 et à fin décembre 2025 ; calculs Helikoty Conseils. Tous secteurs. Les chiffres de 2025 restent susceptibles de révision.
Sur la période la plus récente, les dynamiques divergent encore. Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine accélèrent, tandis que la Normandie recule. Le bilan semestriel du Conseil national des administrateurs et mandataires judiciaires, établi sur un périmètre un peu différent puisqu'il inclut les sauvegardes, confirme ces trois tendances, mais pas partout : en Bretagne et dans les Pays de la Loire, les deux sources divergent.
| Région | 12 mois à fin juillet 2026 | Évolution sur un an (INSEE) | S1 2026 / S1 2025 (CNAJMJ) |
|---|---|---|---|
| Auvergne-Rhône-Alpes | 8 853 | +9,1 % | +16,8 % |
| Pays de la Loire | 3 234 | +8,2 % | −2,0 % |
| Centre-Val de Loire | 2 346 | +7,5 % | +4,5 % |
| Nouvelle-Aquitaine | 6 783 | +6,1 % | +10,8 % |
| Bourgogne-Franche-Comté | 2 298 | +5,5 % | +3,2 % |
| Occitanie | 6 384 | +5,5 % | +6,3 % |
| Île-de-France | 16 565 | +4,8 % | +1,5 % |
| Hauts-de-France | 5 156 | +4,0 % | +4,4 % |
| Bretagne | 2 585 | +2,2 % | −8,9 % |
| Provence-Alpes-Côte d'Azur | 6 475 | +0,1 % | +2,6 % |
| Grand Est | 4 419 | −0,1 % | −0,2 % |
| Corse | 421 | −0,2 % | −21,8 % |
| Normandie | 2 560 | −8,0 % | −12,2 % |
Sources : INSEE, cumul sur douze mois à fin juillet 2026 comparé à fin juillet 2025 (redressements et liquidations) ; CNAJMJ, L'Officiel des difficultés des entreprises, 1er semestre 2026 (sauvegardes, redressements et liquidations, premier semestre 2026 comparé au premier semestre 2025). Les périodes et les périmètres ne coïncident pas : les deux colonnes indiquent un sens, pas un écart à comparer au dixième près.
Les secteurs d'activité n'expliquent qu'une faible part des écarts
Une région peut afficher un taux élevé simplement parce qu'elle compte davantage d'entreprises dans les activités les plus exposées. Les défaillances frappent en effet très inégalement les secteurs : en 2024, en métropole, on en compte 26,9 pour 1 000 entreprises actives dans l'hébergement-restauration et 22,6 dans la construction, contre 6,5 dans le soutien aux entreprises et 4,0 dans les services aux ménages. Pour mesurer cet effet, nous avons calculé pour chaque région un taux attendu : celui qu'elle afficherait si chacun de ses secteurs connaissait exactement le taux national. L'écart entre taux observé et taux attendu mesure ce qui tient à la région elle-même.
Calculs Helikoty Conseils. Taux attendu : pour chacun des dix secteurs, nombre d'unités légales actives de la région multiplié par le taux de défaillance métropolitain du secteur ; somme rapportée au total des unités légales actives de la région. Défaillances 2024 par région et par secteur : INSEE, séries régionales sectorielles (données Banque de France), cumul à fin décembre 2024, mise à jour du 18 septembre 2026. Unités légales actives 2024 par région et par section A21 : INSEE, dispositif Side, publication du 23 juillet 2026. Taux observés : ceux du graphique précédent.
Le résultat est net. D'une région à l'autre, la composition sectorielle ne fait varier le taux attendu que de 10,1 à 11,3 pour 1 000, la Corse mise à part ; le taux observé, lui, s'étale de 8,7 à 13,1. L'essentiel des écarts régionaux se joue donc à l'intérieur de chaque secteur, pas dans leur poids respectif.
Trois cas l'illustrent. Les Hauts-de-France ont une structure sectorielle conforme à la moyenne, avec un taux attendu de 10,9 : leur excédent de 2,2 points vient de taux plus élevés dans chacun des secteurs du tableau ci-dessous, comme dans les services. L'Île-de-France a au contraire la structure la plus favorable, près de la moitié de ses entreprises relevant du soutien aux entreprises et des services aux ménages, peu exposés ; elle devrait se situer à 10,1 et atteint 11,6. La Corse, enfin, devrait être la région la plus touchée compte tenu du poids de la construction et de l'hébergement-restauration, et figure parmi les moins exposées.
| Région | Construction | Commerce | Héberg.-restauration | Transports | Industrie |
|---|---|---|---|---|---|
| Hauts-de-France | 26,6 | 20,7 | 35,2 | 16,7 | 12,6 |
| Centre-Val de Loire | 21,8 | 18,6 | 30,6 | 16,9 | 12,7 |
| Normandie | 21,0 | 17,9 | 33,0 | 15,3 | 12,3 |
| Île-de-France | 34,1 | 19,6 | 27,6 | 14,7 | 15,3 |
| Grand Est | 23,0 | 17,5 | 28,8 | 18,2 | 11,0 |
| Provence-Alpes-Côte d'Azur | 22,0 | 17,2 | 29,4 | 12,0 | 11,0 |
| Bourgogne-Franche-Comté | 19,5 | 16,2 | 26,3 | 16,3 | 10,7 |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 20,8 | 16,4 | 23,9 | 14,6 | 10,3 |
| Nouvelle-Aquitaine | 17,6 | 16,3 | 25,9 | 12,5 | 10,5 |
| Occitanie | 18,4 | 15,0 | 24,3 | 12,7 | 7,9 |
| Corse | 17,9 | 14,4 | 17,0 | 7,3 | 5,4 |
| Bretagne | 17,4 | 16,0 | 20,7 | 10,8 | 8,8 |
| Pays de la Loire | 16,2 | 14,6 | 23,7 | 10,4 | 9,9 |
| France métropolitaine | 22,6 | 17,4 | 26,9 | 14,3 | 11,0 |
Défaillances 2024 pour 1 000 unités légales actives, par secteur ; mêmes sources et calculs que le graphique précédent. Fond bleu foncé : au moins 20 % au-dessus du taux métropolitain du secteur ; bleu clair : de 5 à 20 % au-dessus ; sable : plus de 5 % en dessous. En Corse, les effectifs sont faibles (16 défaillances dans l'industrie et 7 dans les transports en 2024) : les taux y sont fragiles.
Le tableau fait apparaître deux profils. Dans le nord du pays, Hauts-de-France, Normandie et Centre-Val de Loire, la surexposition est diffuse : hébergement-restauration, transports et industrie y dépassent tous la moyenne nationale du secteur. En Île-de-France, elle tient surtout à la construction, avec 34,1 défaillances pour 1 000 entreprises, une fois et demie le taux national du secteur, et à l'industrie ; l'hébergement-restauration et les transports y restent dans la norme. Ces séries ne permettent pas d'en isoler la cause : la localisation des défaillances au siège social et le poids des petites structures de sous-traitance sont des pistes à vérifier, non des conclusions. À l'ouest, la Bretagne et les Pays de la Loire restent sous la moyenne dans les cinq secteurs.
Pour un créancier, la conséquence est pratique : le bon point de comparaison d'un client n'est ni la moyenne nationale, ni celle de sa région, mais le taux de son secteur dans sa région. Pour un restaurateur des Hauts-de-France, ce taux dépasse d'un tiers celui de son secteur au niveau national ; pour une entreprise de construction francilienne, de moitié.
Le piège : un record en nombre n'est pas un record en taux
Entre 2019 et 2024, les défaillances ont augmenté de près de 30 % en métropole, mais le nombre d'entreprises actives a crû presque autant : +28 % au niveau national, et six unités supplémentaires sur dix sont des micro-entrepreneurs. Résultat, le taux métropolitain n'est passé que de 10,6 à 10,8 pour 1 000. Le niveau record des procédures traduit donc d'abord un parc d'entreprises plus large, et non une fragilité générale deux fois plus forte.
L'inverse est tout aussi vrai. Un taux moyen stable masque des écarts marqués entre territoires, et un dénominateur dont la croissance vient surtout des micro-entrepreneurs dilue le taux sans rien dire du risque propre aux sociétés employeuses. Dans une région où la microentreprise pèse lourd, un taux modéré ne garantit rien pour un client de vingt salariés.
Ce qu'il faut en retenir
- Pour apprécier un risque territorial, raisonner en taux plutôt qu'en nombre, et toujours sur un même périmètre au numérateur et au dénominateur.
- Pour situer un client ou une contrepartie, comparer son secteur dans sa région plutôt que la seule moyenne régionale : la composition sectorielle n'explique qu'une faible part des écarts entre régions.
- Pour un créancier présent dans plusieurs régions, pondérer le suivi des encours par le taux régional et par sa tendance récente, pas par le volume de procédures.
- Pour un dirigeant, ne pas se rassurer d'une moyenne régionale basse : la dégradation depuis 2019 est plus forte chez les entreprises employeuses.
- Dans une analyse ou une expertise, citer la source, sa date de mise à jour et sa définition : sauvegardes incluses ou non, semestre ou douze mois glissants.
Nous intervenons en expert de partie aux côtés du conseil, ou à la demande de l'administrateur ou du mandataire judiciaire, pour reconstituer une trésorerie, dater une cessation des paiements ou objectiver l'environnement économique d'une entreprise en difficulté. Nos missions de restructuring et de contentieux précisent ce cadre.
Sources
- Nombre de défaillances d'entreprises par date de jugement, cumul brut glissant sur 12 mois, par région, tous secteurs et agriculture (séries 001656272, 001740154, etc.) — INSEE, mise à jour du 18 septembre 2026
- Démographie des entreprises : stocks des unités légales et des établissements économiquement actifs entre 2014 et 2024 — INSEE Résultats, 23 juillet 2026
- Un nouveau dispositif pour mesurer les stocks annuels d'entreprises, fiche explicative Side — INSEE, 21 mars 2024
- Défaillances d'entreprises, documentation méthodologique — INSEE
- Stat Info — Les défaillances d'entreprises, juillet 2026 — Banque de France, 4 septembre 2026
- L'Officiel des difficultés des entreprises, 1er semestre 2026 — CNAJMJ, juillet 2026
- Nombre de défaillances d'entreprises par date de jugement, cumul brut glissant sur 12 mois, par région et par secteur (par exemple séries 001656239, Île-de-France, construction, et 001740097, Hauts-de-France, construction) — INSEE, mise à jour du 18 septembre 2026
- Stocks d'unités légales et d'établissements de 2014 à 2024, par secteur d'activité (A21), forme légale et nombre d'employés — INSEE, 23 juillet 2026
- Contours simplifiés des régions françaises (fond de carte) — france-geojson, d'après les données IGN / OpenStreetMap