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Plan Nacon : 30 % comptant ou 50 % sur huit ans, comment arbitrer

Le projet de plan de Nacon laisse aux créanciers bancaires et chirographaires le choix entre 30 % pour solde et 50 % étalés sur huit ans. En nominal, l'option longue l'emporte ; une fois le temps et le risque actualisés, ce n'est plus certain.

Nacon, l'éditeur et fabricant d'accessoires de jeux vidéo coté à Paris, est en redressement judiciaire depuis un jugement du tribunal de commerce de Lille Métropole du 2 mars 2026, qui a fixé la date de cessation des paiements au 25 février. La période d'observation a été prolongée jusqu'au 2 mars 2027. Son actionnaire majoritaire, Bigben Interactive, qui détenait fin août 56,72 % du capital et 68,74 % des droits de vote, fait lui-même l'objet d'une sauvegarde accélérée ouverte par le même tribunal le 17 août 2026.

Le 22 septembre, la société a rendu publiques les grandes lignes de son projet de plan. Côté capital : une augmentation de 31 M€ avec maintien du droit préférentiel de souscription, garantie à hauteur de 23,5 M€, et la conversion ou l'abandon de créances intra-groupe. Côté passif : environ 101 M€ de créances bancaires et chirographaires, auxquelles deux options sont proposées. L'option courte consiste en un paiement de 30 % pour solde de tout compte. L'option longue combine un abandon de 50 % et le règlement des 50 % restants sur huit ans ; elle est réservée aux créances non garanties, et les prêts garantis par Bigben relèvent obligatoirement de l'option courte. Selon les indications recueillies, environ 73 M€ se porteraient sur la première et 28 M€ sur la seconde. Les créanciers et les actionnaires voteront par classes de parties affectées, avant une décision du tribunal attendue au quatrième trimestre.

Nous ne commentons ni la situation de la société ni l'équilibre de son plan. La question qui nous intéresse est celle que se posent aujourd'hui tous les créanciers placés devant ce type de menu : comment choisir entre peu, tout de suite, et davantage, plus tard ?

Ce que le choix engage

En redressement judiciaire, l'administrateur élabore le projet de plan avec le concours du débiteur et le soumet, lorsque des classes sont constituées, au vote de chacune d'elles (article L. 631-19, qui renvoie aux articles L. 626-29 et suivants). Les options sont proposées à l'intérieur d'une même classe : elles n'en changent pas la composition et doivent être offertes de façon égale aux parties qui partagent une communauté d'intérêt suffisante (article L. 626-31, 2°).

Le choix d'une option est donc une décision individuelle, distincte du vote. On peut voter contre le plan et se le voir appliquer si le tribunal l'impose à la classe dissidente dans les conditions de l'article L. 626-32. Une fois arrêté, le plan s'impose à toutes les parties affectées : l'option retenue — ou celle attribuée par défaut, selon le projet — devient le seul droit du créancier sur sa créance.

Les deux options n'emportent pas les mêmes conséquences. L'option courte transforme immédiatement la créance en encaissement et cristallise la perte. L'option longue conserve une créance sur huit ans, dont la valeur dépend de la capacité du débiteur à tenir ses échéances. Si le plan n'est pas exécuté, sa résolution peut être prononcée (article L. 626-27) et, en cas de liquidation, le solde restant dû ne vaudra que ce que la répartition de l'actif permettra de payer.

Le piège : comparer des pourcentages au lieu de comparer des valeurs

Cinquante, c'est plus que trente. C'est l'argument qui revient le plus souvent, et c'est une erreur de méthode. Un euro reçu dans huit ans ne vaut pas un euro reçu à l'arrêté du plan : il faut l'actualiser, à un taux qui reflète à la fois le coût du temps et le risque que l'échéance ne soit pas payée. Et le profil de l'échéancier compte autant que sa durée : un plan dont les annuités sont concentrées sur les dernières années vaut sensiblement moins qu'un plan linéaire de même montant total.

Le tableau ci-dessous part d'une créance fictive de 1 000 000 €. Il compare l'option courte, supposée payée à l'arrêté du plan, à deux profils possibles d'option longue.

Taux d'actualisation Option courte Longue, linéaire Longue, progressive
Montant nominal perçu 300 000 500 000 500 000
Valeur actuelle à 6 % 300 000 388 112 365 584
Valeur actuelle à 10 % 300 000 333 433 301 976
Valeur actuelle à 13 % 300 000 299 923 263 874
Valeur actuelle à 15 % 300 000 280 458 242 103
Taux au-delà duquel l'option courte l'emporte — environ 13 % environ 10 %

Exemple illustratif en euros, sans rapport avec l'échéancier réel du plan Nacon, que le communiqué du 22 septembre ne détaille pas. Créance de 1 000 000 €. Option courte : 300 000 € versés à l'arrêté du plan. Option longue linéaire : huit annuités de 62 500 €, la première un an après l'arrêté. Option longue progressive : 25 000 € les années 1 et 2, 50 000 € les années 3 et 4, 75 000 € les années 5 et 6, 100 000 € les années 7 et 8, soit 500 000 €. Aucun défaut de paiement n'est modélisé : le risque est entièrement porté par le taux.

Deux enseignements. L'avantage apparent de l'option longue fond vite : à 13 % dans le cas linéaire, à 10 % dans le cas progressif, les deux options se valent. Et ces taux n'ont rien d'extravagant pour une créance non garantie sur une entreprise en redressement : c'est l'ordre de grandeur du rendement exigé d'une dette risquée. Le choix dépend donc moins du pourcentage affiché que du taux que chaque créancier est fondé à retenir, au vu de son coût de financement et de sa lecture du plan d'affaires.

À l'inverse, un créancier qui se finance à bon compte et croit à la trajectoire de redressement aura rationnellement intérêt à l'option longue. Il n'y a pas de réponse universelle, seulement une réponse chiffrée par créancier.

Ce qu'il faut faire avant de choisir

Un pourcentage n'est pas une valeur

Les plans soumis au vote des classes multiplient ces menus d'options, qui aident à réunir des majorités. Encore faut-il que chacun fasse l'arbitrage : choisir l'option longue parce que le chiffre est plus élevé, ou l'option courte par lassitude, c'est engager plusieurs années sans les avoir mesurées.

C'est le travail que nous menons sur les dossiers de restructuring : actualiser les options offertes, éprouver le plan d'affaires qui les finance, chiffrer l'hypothèse de liquidation ou de cession au regard du critère du meilleur intérêt — en expert de partie aux côtés de votre conseil, ou à la demande de l'administrateur ou du mandataire judiciaire. Les notions employées ici sont détaillées dans nos ressources et définitions.

Sources

Cet article est une analyse d'ordre général publiée à titre d'information. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement, et ne saurait se substituer à l'examen d'une situation particulière. Les procédures évoquées sont en cours : les informations reflètent l'état public des dossiers à la date de publication.

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