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Procédure collective : ce que le rang de créance permet de récupérer

En 2025, l'AGS a avancé 2,23 milliards d'euros aux salariés et en a récupéré 700 millions, dont 82 % au titre du superprivilège. Ses séries sur treize ans montrent ce que le rang d'une créance permet réellement de retrouver.

Dès l'ouverture d'une procédure collective, chaque créancier se demande ce qu'il retrouvera de sa créance. Un organisme publie, année après année, ce qu'il verse et ce qu'il récupère : l'AGS, le régime de garantie des salaires. Subrogée dans les droits des salariés qu'elle paie, elle récupère ensuite à des rangs très différents. Ses rapports donnent ainsi la mesure la plus concrète de ce que vaut un rang de créance.

Les chiffres clés

En 2025, l'AGS a avancé 2,23 milliards d'euros, un record, à 249 995 salariés de 26 640 entreprises. Six affaires sur dix sont des liquidations judiciaires, près de quatre sur dix des redressements, et 1,5 % des sauvegardes. La même année, elle a récupéré 700 millions d'euros ; le complément de son financement vient de la cotisation patronale, maintenue à 0,25 % de la masse salariale, qui a rapporté environ 1,74 milliard. Le premier trimestre 2026 accentue le mouvement : 650 millions d'euros avancés, soit 23 % de plus qu'un an plus tôt, pour un nombre d'entreprises inchangé : les dossiers sont plus lourds, pas plus nombreux.

Montants avancés et récupérés par l'AGS, 2013 à 2025Les avances de l'AGS passent de 2 186 millions d'euros en 2013 à 875 millions en 2021, puis à un record de 2 233 millions en 2025. Les récupérations reculent de 765 millions en 2014 à 330 millions en 2022, puis remontent à 607 millions en 2024 et 700 millions en 2025.Avances et récupérations de l'AGS, en millions d'euros05001 0001 5002 0002 50020132 201765201420152016201720182019202087520213302022202320242 2337002025Avances versées aux salariésRécupérations encaissées dans l'année

Source : AGS, rapports annuels 2023, 2024 et 2025 et chiffres clés 2025 ; Délégation Unédic AGS, rapport annuel 2022. Montants annuels en millions d'euros. Pour 2013 à 2023, nous retenons les valeurs du rapport 2023, légèrement révisées par rapport à l'édition précédente (765 millions de récupérations en 2014, contre 766).

Sur treize ans, les deux séries divergent. Les avances suivent le cycle des défaillances, avec un plancher de 875 millions d'euros en 2021, au temps des mesures de soutien. Les récupérations reculent presque sans interruption, de 765 millions en 2014 à 330 millions en 2022, avant de remonter à 607 puis 700 millions. Dans son rapport 2022, l'AGS attribuait cette érosion à la baisse des procédures pendant la crise sanitaire, au recours croissant des créanciers au crédit-bail, à la fiducie et aux autres sûretés qui soustraient des actifs au gage commun, et au profil des entreprises concernées : plus de 85 % emploient moins de dix salariés et sont faiblement capitalisées.

Ce qu'ils révèlent : tout se joue au rang

La composition des récupérations en dit plus que leur montant. En 2025, 572 millions d'euros sur 700, soit près de 82 %, proviennent de créances superprivilégiées. Les créances nées après le jugement d'ouverture en apportent 9,4 %, le privilège général 7,7 %, et les créances chirographaires 1,2 %, soit 8 millions d'euros. Or le superprivilège ne représente qu'une partie des sommes avancées : en 2023, dernière année pour laquelle nous avons trouvé dans ses rapports une ventilation des avances par rang, il en couvrait à peine la moitié.

Répartition par rang de créance des avances et des récupérations de l'AGS en 2023En 2023, le superprivilège représente 50,4 % des avances et 72,9 % des récupérations ; le privilège général 27,4 % des avances et 13,8 % des récupérations ; les créances postérieures 10,8 % et 10,1 % ; les créances chirographaires 11,4 % des avances et 3,2 % des récupérations.Part de chaque rang de créance dans les avances et les récupérations de 2023Superprivilège50,4 %72,9 %Privilège général27,4 %13,8 %Créances postérieures(art. L. 622-17 C. com.)10,8 %10,1 %Chirographaire11,4 %3,2 %Part des avances (1 728 M€)Part des récupérations (353 M€)

Source : AGS, rapport annuel 2023. Parts des montants avancés (1 728 millions d'euros) et des montants récupérés (353 millions) en 2023, par rang de créance. Les deux séries ne portent pas sur les mêmes dossiers, les récupérations d'une année se rattachant surtout à des procédures plus anciennes : la comparaison donne un ordre de grandeur, pas un taux de recouvrement par rang.

Le rapport remis au Premier ministre par René Ricol en avril 2021, sur la base des données de l'AGS, quantifiait cet écart : à fin 2019, 30 % des sommes avancées dans les procédures ouvertes depuis 2010 avaient été récupérées, et un euro superprivilégié avait vingt fois plus de perspectives de remboursement qu'un euro chirographaire.

Le mécanisme tient en deux textes. Le superprivilège couvre la rémunération des soixante derniers jours de travail, dans la limite d'un plafond mensuel fixé à deux fois le plafond de la sécurité sociale, soit 8 010 euros en 2026 (articles L. 3253-2 et D. 3253-1 du code du travail). En liquidation, il occupe le deuxième rang de l'article L. 643-8 du code de commerce, derrière les seuls subsides impayés, avant les frais de justice restés impayés, les sûretés immobilières et le Trésor. La garantie de l'AGS va bien au-delà, jusqu'à 96 120 euros par salarié en 2026 pour un contrat conclu depuis au moins deux ans, mais cette part ne bénéficie pas du même rang.

Pour les autres créanciers, la conséquence est directe : chaque euro superprivilégié est prélevé sur l'actif avant le Trésor, la banque nantie et les fournisseurs. L'exemple ci-dessous, fictif, applique l'ordre légal à une liquidation.

RangCréances (art. L. 643-8 C. com.)DéclaréPayé
1°Subsides impayés (art. L. 631-11)——
2°Salaires superprivilégiés, avancés par l'AGS qui est subrogée180180
3°Frais de justice postérieurs restés impayés7070
4° et 5°Privilèges particuliers, dont le privilège de conciliation——
6°Créances postérieures à la liquidation restées impayées5050
7°Sûretés immobilières——
8° à 10°Salaires postérieurs non avancés, créances postérieures privilégiées de la période d'observation4040
11°Salaires postérieurs avancés par l'AGS (5° de l'art. L. 3253-8 C. trav.)6060
12°Autres créances postérieures restées impayées——
13°Privilège du Trésor200140
14°Nantissement, bailleur (six mois de loyers), vendeur de fonds2500
15°Contributions indirectes et douanes——
16°Créances chirographaires, au prorata1 3000
Total, en milliers d'euros (actif distribuable : 540)2 150540

Exemple fictif, montants en milliers d'euros. Ordre : article L. 643-8 du code de commerce dans sa version en vigueur depuis le 25 octobre 2023, consultée sur Légifrance ; la version applicable au 1er janvier 2027 conserve cette hiérarchie. Libellés résumés, rangs voisins regroupés. Le texte réserve les droits de propriété et de rétention, les créances postérieures réglées à leur échéance et les autres droits de préférence, non représentés ici.

Le piège de lecture : le taux de l'année

Rapporter les récupérations d'une année aux avances de la même année produit un chiffre parlant mais trompeur. Il passe de 48,8 % en 2021 à 20,4 % en 2023, non parce que les répartitions se seraient effondrées, mais parce que les avances ont doublé pendant que les récupérations reflétaient encore les dossiers peu nombreux de la période sanitaire. Les répartitions arrivent tard : en 2023, 8,5 % seulement des sommes récupérées venaient de procédures ouvertes dans l'année, et plus de 42 % de procédures ouvertes quatre ans plus tôt ou davantage.

Récupérations de l'année rapportées aux avances de la même année, 2013 à 2025Le rapport entre récupérations et avances de la même année varie de 32,8 % en 2013 à 48,8 % en 2021, tombe à 20,4 % en 2023 et remonte à 31,3 % en 2025. Sur l'ensemble de la période, les récupérations cumulées représentent 34,8 % des avances cumulées.Récupérations de l'année pour 100 euros avancés la même année32,8201334,8201435,1201541,1201644,1201741,1201835,8201940,9202048,8202129,0202220,4202328,5202431,32025Rapport des cumuls 2013-2025 : 34,8 euros récupérés pour 100 euros avancés

Calculs Helikoty Conseils d'après les rapports annuels de l'AGS : récupérations d'une année rapportées aux avances de la même année. Cet indicateur de flux ne mesure pas le taux de recouvrement d'une génération de dossiers. De 2013 à 2025, les récupérations cumulées atteignent 7,7 milliards d'euros pour 22,0 milliards d'avances.

Sur longue période, les récupérations représentent environ un tiers des avances, ordre de grandeur cohérent avec les 30 % mesurés fin 2019. L'écart avec les 4,8 % que recouvrent l'État et les URSSAF, relevés par la Cour des comptes en septembre, tient d'abord au rang : le superprivilège, que l'AGS reprend en payant les salariés, passe avant le privilège du Trésor.

Ce qu'il faut faire

Nous intervenons sur ces questions en expert de partie aux côtés du conseil, ou à la demande de l'administrateur ou du mandataire judiciaire : reconstitution du passif par rang, simulation de répartition, estimation de la valeur de réalisation des actifs. Nos pages contentieux et restructuring présentent ces missions.

Sources

Cet article est une analyse d'ordre général publiée à titre d'information. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil en investissement, et ne saurait se substituer à l'examen d'une situation particulière. Les procédures évoquées sont en cours : les informations reflètent l'état public des dossiers à la date de publication.

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